La tendinite n’existe (presque) pas
La tendinite n’existe (presque) pas
La “tendinite” fait partie de ces diagnostics que l’on entend partout ; une douleur à l’épaule, au genou ou au coude… et le mot tombe presque automatiquement !
Il rassure par sa simplicité. Il semble clair : une inflammation du tendon qu’il faudrait calmer et laisser au repos.
Et c’est justement ce raisonnement qui, bien souvent, entretient la difficulté à voir disparaître cette fameuse “tendinite” qui dure. Dans la grande majorité des cas, la douleur tendineuse ne correspond pas à une inflammation mais à un phénomène plus subtil, plus progressif, et surtout plus intéressant à comprendre : celui de l’adaptation du tendon.
Comprendre la Tendinopathie
Lorsque l’on observe les tendons douloureux, notamment dans les formes chroniques, l’hypothèse inflammatoire ne tient pas vraiment.
Les analyses montrent peu de signes inflammatoires classiques. En revanche, elles mettent en évidence des modifications profondes de la structure du tendon : les fibres, habituellement bien organisées, deviennent plus désordonnées, de plus, le tissu change de composition, se charge en eau, perd en cohérence.
Ce que l’on observe, ce n’est pas un tendon “enflammé”, mais un tendon qui s’est transformé.
C’est pour cela que l’on parle aujourd’hui de tendinopathie ; un terme plus juste pour décrire une pathologie du tendon, sans présumer d’un mécanisme uniquement inflammatoire.
Pour comprendre ce phénomène, il faut s’éloigner d’une vision figée du corps.
Un tendon n’est pas une simple corde inerte reliant un muscle à un os. C’est un tissu vivant, capable de s’adapter en permanence aux contraintes qu’il subit. À chaque sollicitation, il reçoit une information mécanique et en réponse, il renforce ses fibres, modifie son organisation pour s’adapter à la charge.
C’est cet équilibre entre contrainte et adaptation qui est au cœur de son fonctionnement ; le problème apparaît donc lorsque cet équilibre se rompt. Si les contraintes augmentent trop rapidement ou deviennent trop importantes, le tendon n’a plus le temps de s’adapter correctement. À l’inverse, un manque de sollicitation entraîne une perte de capacité.
Dans ces situations, le tissu entre dans une forme de désorganisation progressive.
Le corps tente de réparer, de s’ajuster, mais le processus devient imparfait, ainsi, il devient moins résistant, moins efficace mécaniquement, et plus sensible aux contraintes.
Ce n’est donc pas une inflammation isolée qui explique la douleur, mais une altération progressive de la qualité du tissu. Ainsi, mettre son tendon au repos dans l’espoir de voir la douleur disparaître est souvent à l’opposé de ce dont il a réellement besoin.
Un tendon ne demande pas l’absence de contraintes, il demande une contrainte adaptée.
Dans quels cas un tendon est-il réellement enflammé ?
Si la majorité des douleurs tendineuses ne relèvent pas d’une inflammation, cela ne signifie pas pour autant que celle-ci n’existe jamais.
Un tendon peut effectivement être le siège d’une réaction inflammatoire, mais cela concerne des situations bien plus spécifiques, c’est notamment le cas lors d’une surcharge brutale, inhabituelle, ou après un traumatisme aigu.
Dans ces phases précoces, le corps peut déclencher une réponse inflammatoire transitoire, faisant partie du processus normal d’adaptation et de réparation. Cependant, cette phase est généralement courte et limitée dans le temps.
Ce qu’il faut donc comprendre ici c’est qu’un tendon peut être enflammé mais ce n’est pas la situation la plus fréquente.
Conclusion
Dire que “la tendinite n’existe (presque) pas” permet surtout de remettre en question une idée largement répandue, mais aussi de lutter contre les mauvaises décisions pour s’en débarrasser.
Dans la majorité des cas, la douleur tendineuse ne traduit pas une inflammation, mais une difficulté du tendon à s’adapter aux contraintes qu’il subit. C’est un tissu vivant, capable de se transformer, d’évoluer, de s’adapter, mais aussi de se désadapter lorsque l’équilibre est rompu.
On ne parle plus simplement d’un tendon “abîmé”, mais d’un système dynamique qui cherche à s’ajuster.
Références bibliographiques
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